Arcangues

Son histoire est liée à celle des seigneurs de la famille d’Arcangues

Riche de quelques traces du passage de l’Homme au Paléolithique, elle apparaît au Moyen Âge dès le XIe siècle. Son histoire est intimement liée à celle des seigneurs de la famille d’Arcangues, qui ont assuré les plus hautes charges régionales de 1540 à 1749 sans discontinuité. Village du Labourd à proximité immédiate de Bayonne, il pâtit des excès des occupations à répétition visant au siège et à la prise de la ville portuaire par les Espagnols. En 1813 et 1814, Arcangues est le théâtre de combats violents entre les troupes françaises et celles de la coalition espagnole et anglo-portugaise menée par Arthur Wellesley, duc de Wellington. Le XXe siècle voit la famille Arcangues reprendre en main les destinées du village et l’écharpe tricolore sera portée pendant plus d’un demi-siècle par un représentant de la famille, de laquelle se distinguent Pierre et son fils Guy (1924-2004), tous deux hommes de lettres.

Le patrimoine de la commune est fortement marqué par cet engagement familial, ne serait-ce que par la couleur qu’a promue Pierre d’Arcangues et qui, ornant les boiseries extérieures de nombreux édifices du village, porte désormais le nom de bleu d’Arcangues. Comme souvent au Pays basque, le centre est construit autour du triptyque église – fronton – mairie, l’église étant entourée d’un cimetière caractérisé par une collection de stèles discoïdales de tout le Pays basque français, qui domine le golf et l’arrière-pays basque. Le territoire communal recouvre une partie de la réserve naturelle régionale d’Errota Handia et l’étang de Chourroumillas, deux espaces naturels qui recèlent une faune et une flore gérées par le conservatoire d’Aquitaine.

Luis Mariano, ténor basque-espagnol, est enterré à Arcangues, village dont il était citoyen d’honneur et où il a séjourné à de nombreuses reprises à partir de 1961.

Culture locale et patrimoine

Lieux et monuments

Arcangues compte trois monuments répertoriés à l’inventaire des monuments historiques136.

  1. Patrimoine civil

Le château d’Arcangues fut reconstruit en 1900 et classé par les monuments historiques en 1980. Le corps central du bâtiment, flanqué de deux ailes imposantes, est surmonté d’une verrière qui illumine l’intérieur de l’édifice. Il s’élève sur une petite colline, au milieu d’un parc planté de chênes. Le premier château d’Arcangues semble avoir été édifié au XIIe siècle et fut le siège de la seigneurie à l’origine du village. Le château d’Arcangues, comme celui du Bosquet, fut occupé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

Du carrefour situé devant l’entrée du château part un chemin en pente douce qui monte vers la place du village, autrefois bordé de stèles discoïdales — aujourd’hui rassemblées dans le cimetière. Sur le côté droit du chemin, se dresse un vaste banc de pierre, dont le dossier est décoré de céramique d’Édouard Cazaux, représentant des scènes de danses basques. La fontaine sur la place, figurant une tête d’homme coiffée d’un béret, de la bouche duquel jaillit l’eau, représente Léon Hegoas, dit Brasquette, de la maison Brasketa, à qui le marquis d’Arcangues avait prédit « qu’il saurait bien lui faire boire de l’eau ».

Le château du Bosquet fut reconstruit en 1905 par Jean-Baptiste Ernest Lacombe pour le compte d’André Soulange-Bodin, ministre plénipotentiaire et maire d’Arcangues. Il est situé au quartier Lanchipiette. Sa particularité est de présenter au nord, une façade édifiée dans le style anglais, et au sud, une façade dans le style basco-normand. Il ouvre sur un vaste panorama de la chaîne des Pyrénées et du golfe de Gascogne.

La villa Berriotz, datant de 1929, est l’œuvre de l’architecte Louis Sue, et fut construite pour le couturier Jean Patou. Initialement inscrite partiellement aux monuments historiques en 1996 elle a fait l’objet d’un nouveau classement complet le 19 septembre 2013.

  1. Patrimoine religieux

L’église datant du XVIe siècle est inscrit aux monuments historiques depuis 1925. Le clocher a déjà été remplacé en 1893 par un clocher néogothique à terrasse et créneaux, il a été de nouveau transformé en 1961. Une inscription au-dessus de l’entrée de la chapelle indique que l’église Saint-Jean-Baptiste de l’Uhabia fut fondée en 1516 par Augier d’Arcangues, écuyer et seigneur du lieu. L’église est en grès rouge, presque entièrement recouvert d’un enduit au mortier. Le porche, qui abrite des sépultures et une stèle commémorative des Première et Seconde Guerre mondiales, est de facture récente. Le vitrail daté de 1947 est l’œuvre de Jean Lesquibe. L’entrée dans l’église se fait par un portail en arc brisé qui donne sur une nef unique sans transept ni collatéraux, mais avec deux étages de galeries en bois à balustres du XVIIe siècle qui figurent parmi les plus anciennes du Labourd.

Le cimetière recèle une importante collection de stèles discoïdales essentiellement postérieures au XVIe siècle, réunie par le marquis Pierre d’Arcangues, et regroupant des pièces provenant des trois provinces du Pays basque français.

Patrimoine naturel

Une partie du territoire de la commune appartient à la réserve naturelle régionale d’Errota Handia, gérée par le conservatoire d’espaces naturels d’Aquitaine et créée en 2008. 250 espèces végétales et 274 espèces animales y ont été, à ce jour, répertoriées dont 140 espèces d’oiseaux. On compte en particulier le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis), l’Aigle botté (Hieraaetus pennatus), le Busard des roseaux (Circus aeruginosus), le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), ainsi que 38 espèces d’odonates, dont l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) et 50 espèces de lépidoptères diurnes.

Le conservatoire d’espaces naturels d’Aquitaine gère également l’étang de Chourroumillas (Xurrumilatx), zone humide située au nord-ouest de la commune. Les espèces qui sont présentes dans cette zone privilégiée sont pour la plupart emblématiques de l’Aquitaine, telle les tortues cistude d’Europe (Emys orbicularis) et émyde lépreuse (Mauremys leprosa), le Vison d’Europe (Mustela lutreola), espèce menacée, et la lamproie de Planer (Lampetra planeri). On trouve également des oiseaux nicheurs et hivernants comme le Canard siffleur (Anas penelope), la Sarcelle d’hiver (Anas crecca) et le Fuligule milouin (Aythya ferina), le Butor étoilé (Botaurus stellaris) et le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax). Enfin, parmi les espèces végétales présentes sur le site, on compte le Séneçon de Bayonne (Senecio bayonnensis), le grémil prostré (Lithodora prostata), la Droséra intermédiaire (Drosera intermedia), la zannichellie des marais et le lis des marais (Amaryllidaceae).

Équipements culturels

Un théâtre de nature, édifié en 1968 et dû à l’architecte bayonnais Cazamayou, est présent côté nord, en contrebas de la mairie et du fronton, et apparait sous la forme d’un immense préau, à charpente traditionnelle, fermé à l’ouest par des baies vitrées. Les gradins, côté sud, sont dominés par une immense fresque de Ramiro Arrue. Un escalier permet de rejoindre le fronton aménagé contre le mur de la mairie, en passant devant la fontaine ombragée du théâtre.

Patrimoine culturel

  1. Langues

D’après la Carte des Sept Provinces Basques du prince Louis-Lucien Bonaparte (1863), le dialecte basque parlé à Arcangues est le haut-navarrais septentrional. Cependant la classification a changé. Grâce aux nouveaux critères méthodologiques, la dialectologie basque s’est considérablement développée au cours des dernières années. Et selon les derniers travaux réalisés par le philologue Koldo Zuazo, le dialecte basque utilisé à Arcangues est le navarro-labourdin avec un sous-dialecte est-ouest, combination entre le sous-dialecte navarro-labourdin de l’est et de l’ouest.

  1. Personnalités liées à la commune

L’histoire d’Arcangues est intimement liée à celle de la famille des seigneurs d’Arcangues, qui a assuré le contrôle de l’administration locale de 1540 à 1749 sans discontinuité, et offert des titulaires de l’écharpe municipale pour 84 des années de l’après-Révolution46. Politiques et gestionnaires, ils se sont également passionnés pour la littérature, pratiquant par eux-mêmes ou attirant les talents de leur époque. Pierre et Guy d’Arcangues, l’auteur de Les Tambours de septembre en sont les représentants au XXe siècle. Ils ont fréquenté André Soulange-Bodin (1855-1937), inhumé à Arcangues, diplomate et homme politique français, ministre plénipotentiaire à Berlin, puis directeur du personnel et du secrétariat des Affaires étrangères à Paris, maire d’Arcangues de 1919 à 1929, qui est l’auteur de deux ouvrages diplomatiques : La diplomatie de Louis XV et le pacte de famille (1894) et L’avant-guerre allemande en Europe (1918). Il est le fondateur de l’association la maison basque de Paris. Son fils, Henry Soulange-Bodin (1885-1965), inhumé lui aussi à Arcangues, est un homme de lettres et historien français, spécialiste des châteaux de France.

L’église d’Arcangues a également accueilli ses poètes. Pierre Léon, dit Léon Léon, né en 1896 à Hasparren et mort en 1962 à Ustaritz, fut curé de la paroisse de 1932 à 1941. Il est l’auteur de poèmes, de comédies et d’une traduction de basque de l’Imitation de Jésus-Christ. Jules Martin Moulier, dit Oxobi, bertsolari, poète, écrivain et Académie de la langue basque, est né à Bidarray en 1888 et mort à Bayonne en 1958. Il fut prêtre d’Arcangues de 1941 à 1955.

On ne peut bien sûr parler d’Arcangues sans mentionner Luis Mariano, citoyen d’honneur du village, de son vrai nom Mariano Eusebio González y García, né à Irun en 1914 et décédé à Paris en 1970, ténor basque-espagnol. Tout comme ses parents, il repose au cimetière d’Arcangues, régulièrement envahi par ses admirateurs. Un buste représentant le chanteur, sculpté par Paul Belmondo est visible dans un jardin de la commune. Luis Mariano fit construire à Arcangues Marionako Borda, maison basque où il fit de nombreux séjours à partir de 1961.

Arcangues a également vu le passage de nombreuses célébrités, invitées du château, et a attiré des hommes politiques et des diplomates, tel Casimir d’Angosse, homme politique français qui épousa Rose d’Arcangues (1793-1817), Jean-Baptiste Mariani, décédé le 18 janvier 1890 à Rome et inhumé le 2 février suivant à Arcangues, diplomate français, ministre plénipotentiaire à Munich en 1882, puis ambassadeur de France à Rome en 1890, ou encore Gustave Pordea, né le 3 février 1916 à Dej (Roumanie) et mort le 12 août 2002 à Arcangues, un diplomate et homme politique franco-roumain.

Toponymie

Le toponyme Arcangues et son équivalent basque actuel Arrangoitze ont suivi des évolutions parallèles, même si les transcriptions anciennes de la forme basque sont rares.

Les formes modernes connues d’Arrangoitze se retrouvent dans quelques dictons, auprès des villages voisins. Ainsi Pierre Bidart cite-t-il « Basa jauna, Arrangoitzeko : homme d’Arcangues, homme sauvage » et « Dena makila, Arrangoitzeko : homme d’Arcangues, tout en bâton ». Cette forme est confirmée par Pierre Lhande en 1926. Du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, nous sont parvenues quelques variantes, telles Arrangoize, mentionnée par Resurreccion Maria de Azkue en 1905, Arkangoiz, cité par Pierre Haristoy, et Arcangos employée en basque par le poète Jean-Martin Hiribarren en 1853.

Histoire

Préhistoire

De même que des recherches menées dans des communes proches d’Arbonne ont révélé le passage ou la station de l’homme préhistorique — Anglet, Bayonne, Biarritz, Bidart ou bien Saint-Pierre-d’Irube —, des fouilles ont permis d’identifier une activité humaine au Paléolithique moyen et supérieur, qui ont conduit la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Aquitaine à publier un arrêté préfectoral de zonage archéologique en date du 28 décembre 2009. Celui-ci inclut plusieurs sites, tel celui de Berriotz, ainsi que ceux désignés sous les noms de cotes 54, 66, 71 et 76.

Antiquité

Les Tarbelles (Tarbelli en latin), l’un des neuf peuples de la Novempopulanie et peuple aquitain (proto-basque) dont le territoire était centré sur Aquae Tarbellicae (Dax) tout en s’étendant au Labourd et à la Basse-Navarre, ont habité sous l’occupation romaine la zone où se trouve aujourd’hui Arcangues. Dès le début du Ier millénaire Arbonne, voisine immédiate d’Arcangues, se trouvait, selon l’Itinéraire d’Antonin, sur la voie romaine secondaire, dite du bord de mer, reliant Oiasso (Irun) à Guéthary, puis Lapurdum (Bayonne)54.

Moyen Âge

La présence des maisons fortes, telles celles déjà mentionnées dans la section relative à la toponymie, est attestée à Arcangues depuis le XIe siècle. La première mention d’un seigneur d’Arcangues date du XIIe siècle, Sanche d’Arcangues étant cité comme témoin ou caution de transactions immobilières entre 1150 et 1170, dans le Livre d’or de Bayonne (feuillet 12).

Les routiers castillans qui, en 1438 (dernière partie de la guerre de Cent Ans), tentent de s’emparer de Bayonne, pillent, brûlent et massacrent les villages et les populations du Labourd, et les maisons fortes d’Arcangues subissent les assauts des pillards. En 1447, les routiers de Pierre de Haïtze dévastent, à leur tour, Arcangues et ses moulins.

Temps modernes

Le début du XVIe siècle en Labourd est marqué par l’apparition de la peste. La lecture des Registres gascons permet de suivre son expansion. Le 8 février 1517, la peste est signalée à Arcangues, ayant son foyer dans la maison Gastellur.

En 1523, les Espagnols s’avancent à nouveau vers Bayonne et dévastent les campagnes environnantes, qui seront une nouvelle fois mises à rude épreuve lors des guerres de religion, les troupes de Jeanne d’Albret s’approchant de Bayonne.

Lorsqu’éclate la guerre de Trente Ans en 1635, Bayonne est à nouveau menacée par les troupes espagnoles. Celles-ci franchissent la Bidassoa le 18 octobre 1636 et s’emparent d’Ascain, Béhobie, Biriatou, Ciboure, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz et Urrugne, en deux jours. Bloquées par l’hiver, elles se retranchent à Ciboure, mais les populations des villages établis entre la Nivelle et Bayonne désertent en masse leurs habitations. C’est le cas d’Arcangues, mais aussi d’Arbonne, d’Ahetze et de Bassussarry. D’octobre 1636 à octobre 1637, les armées espagnoles occupent le Labourd et investissent les villages entre Nive et Nivelle, dont Arcangues. Laurent d’Arcangues fait partie, le 23 novembre 1637, de la délégation de témoins qui est reçue par Pierre de Lespès, conseiller du roi en la sénéchaussée des Lannes, et qui déclare :

En 1656, la décision de Salvat de Gamboa d’Urtubie de se faire nommer bailli d’épée du Labourd, en lieu et place de Léonard de Caupenne, âgé de 17 ans, tout juste héritier de Jean de Caupenne, seigneur de Saint-Pée, déclenche une guerre civile. Martin de Chourio (noté Xurio en basque), notaire à Ascain et syndic général nommé par le biltzar du Labourd, prend la tête des partisans de la maison de Saint-Pée et s’oppose à Jean d’Arcangues, procureur du roi au bailliage du Labourd, qui soutient la maison d’Urtubie. Chourio prend le château d’Arcangues et le met à sac, en représailles à sa destitution décidée par le procureur du roi. Il entraîne alors une armée de 3 000 hommes en une véritable guerre fratricide, qui ne cesse qu’un an plus tard avec le décès naturel de l’insurgé à Ascain. L’intervention de Louis XIV, lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz en 1660, en faveur d’Urtubie, met fin à la succession héréditaire de la charge de bailli dans les maisons de Saint-Pée et d’Arbonne, par une ordonnance rendue le 3 juin de la même année.

La charge de procureur du roi appartient à la famille d’Arcangues dès le XVIIe siècle. Ainsi Laurent, seigneur et patron d’Arcangues, de Curutcheta et d’Elissagaray, est procureur du roi au bailliage du Labourd de 1614 à 1643. Son fils Jean d’Arcangues reçoit la charge de procureur du roi, par lettres patentes de Louis XIII du 4 juillet 1643. Pierre d’Arcangues assure la charge de 1670 à 1692. Enfin Gaspard d’Arcangues, qualifié d’écuyer, seigneur et patron d’Arcangues et de Curutcheta, est procureur du roi et le dernier membre de la famille à occuper cette charge, du 15 avril 1714 à 1749. Michel d’Arcangues, porteur des mêmes qualifications, baptisé à Bayonne le 17 octobre 1719, capitaine des milices provinciales du Labourd, épouse Rose d’Aragorri (1722-1758), par laquelle le titre de marquis espagnol d’Iranda passe à leur fils Nicolas François Xavier d’Arcangues (Arcangues, 1753 – Saint-Pierre-d’Irube, 1826). Le port de ce titre est autorisé en France, à titre viager, en avril 1781 par lettres patentes de Louis XVI.

En janvier 1701 huit régiments d’infanterie et douze de cavalerie traversent Arcangues. Ils accompagnent le nouveau roi d’Espagne, Philippe V, qui rejoint son royaume en passant par Bayonne.

Révolution française et Empire

Dans une adresse datée du 15 octobre 1789, Nicolas François d’Arcangues et son frère, aux côtés des autres membres de la noblesse du Labourd, demandent à l’Assemblée constituante le respect de leurs privilèges. Ce qui est plus original tient dans le fait que, unis avec le tiers état et le clergé, ils déclarent « qu’il n’existe pas entre eux de barrières causées par les aléas de la naissance, mais que tous ensemble doivent servir le progrès et la fraternité ».

À la suite de l’adoption le 12 juillet 1790 par l’Assemblée nationale constituante du décret portant sur la Constitution civile du clergé, réorganisant le clergé séculier français, le curé d’Arcangues, Gaspard de Gardera, ainsi que son vicaire, Harambillet, refusent de prêter allégeance à la Nation. Un nouveau curé assermenté est désigné en 1792, Martin Doyarçabal, qui assure également la responsabilité spirituelle de la paroisse d’Arbonne, le curé et son vicaire ayant également refusé l’allégeance. Doyarçabal abdiquera à la fin de l’année 1793. Trois cloches en bronze de l’église sont déposées, et envoyées à l’arsenal Sainte-Claire de Bayonne, pour y être fondues. De même des biens d’église (calices, patènes et ciboires) d’or et d’argent sont dirigés vers la Monnaie de Bayonne.

Un décret du 6 pluviôse an II (25 janvier 1794) réunit en une seule commune, Constante, Arcangues, Bassussarry et Arbonne. Le siège de cette nouvelle commune est situé à Arcangues. Le premier conseil municipal de Constante se réunit le 23 mars 1794 à son siège d’Arcangues, sous la présidence de Dominique Duhart, d’Arcangues, maire désigné par le représentant du peuple ; ce conseil rassemble sept notables d’Arcangues, deux de Bassussarry et trois d’Arbonne. Les communes reprennent leur autonomie le 15 mars 1795.

En 1794, à la suite de la désertion de quarante-sept jeunes gens d’Itxassou, le Comité de salut public — par son arrêté du 13 ventôse an II ou 3 mars 1794 — fait arrêter et déporter une partie des habitants (hommes, femmes et enfants) d’Ainhoa, Ascain, Espelette, Itxassou, Sare et Souraïde, décrétées, comme les autres communes proches de la frontière espagnole, « communes infâmes ». Cette mesure est étendue à Biriatou, Cambo, Larressore, Louhossoa, Mendionde et Macaye.

Des centaines d’habitants sont « réunis dans diverses maisons nationales, soit dans le district d’Ustaritz, soit dans celles de la Grande Redoute, comme de Jean-Jacques Rousseau ». En réalité, ils sont regroupés dans les églises, puis déportés dans des conditions très précaires à Bayonne, Capbreton, Saint-Vincent-de-Tyrosse et à Ondres. Les églises désaffectées, dont celles d’Arbonne et d’Arcangues alors réunies dans la commune dénommée Constante, accueillent momentanément les populations en transit. La situation s’éternisant, la municipalité de Constante décide d’employer les déportés à des travaux agricoles, pour pallier l’absence de la main d’œuvre locale réquisitionnée pour les besoins des guerres de la Révolution française.

Les déportés demeureront sept mois à Constante et quitteront Arcangues le 8 septembre 1794 (22 fructidor an II). L’église rouvre ses portes au culte après l’adoption de la loi du 11 prairial an III (30 mai 1795). La guerre en Espagne, déclarée en mars 1793, se prolongeant, de nouvelles réquisitions sont appelées, concernant l’approvisionnement en fourrage et le transport des blessés. Constante, faisant suite à la réquisition du 23 juillet 1794, fournit 163 hommes à l’armée combattant dans la vallée du Baztan, dont 20 sont tués ou blessés.

La défaite française de Vitoria, le 21 juin 1813, entraîne une nouvelle invasion des troupes espagnoles et anglo-portugaises menées par Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, qui occupent Urrugne, Ascain, Sare, Ainhoa, Espelette, Souraïde et Saint-Pée à partir du 9 novembre 1813, puis Bidart, Ustaritz, Arbonne et Arcangues. La retraite française entraîne des pillages, que le préfet Charles-Achille de Vanssay décrit dans une missive au ministre de l’Intérieur adressée le 9 octobre 1813 : « Nos soldats partout, pillent en se retirant ils ont pillé le château d’Urtubie et Urrugne ainsi que les communautés d’Arcangues et d’Arbonne ». Wellesley installe son quartier général au château d’Arcangues, d’où il peut apercevoir Bayonne et la vallée de la Nive. De violents combats se déroulent les 10 et 11 décembre sur les territoires d’Arcangues et de Bassussarry, dont une croix située dans le cimetière d’Arcangues, dédiée aux soldats anglais tués dans la localité, porte encore aujourd’hui le témoignage. Ce sont des fenêtres du château que Wellesley suit le déroulement de la bataille de Saint-Pierre-d’Irube, à partir du 13 décembre 1813 et pendant cinq jours, qui entraîne la mort de 5 900 soldats français et 5 300 soldats alliés. Arcangues est encore le théâtre de quelques escarmouches, notamment le 3 janvier 1814, lors du repli de l’armée française. La campagne commencée en 1813 s’achève par les batailles d’Orthez (26 et 27 février 1814) et de Toulouse (10 avril 1814).

Michel Louis d’Arcangues (San Sebastian, 1790 – Bayonne, 1868) devient maire d’Arcangues à deux reprises et conseiller général des Basses-Pyrénées ; il reçoit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur et de commandeur de l’ordre de Charles III d’Espagne. En 1815, il prend le commandement de la garde d’honneur basque auprès de Marie-Thérèse de France, duchesse d’Angoulême à BordeauxHL 19.

Époque contemporaine

Son fils aîné, Alexis d’Arcangues (Bayonne, 1821 – Saint-Pierre-d’Irube 1877), lui succède. Il est maire de Villefranque puis d’Arcangues et conseiller général des Basses-Pyrénées. Michel d’Arcangues (Miguel Marie, Bayonne, 1857 – Arcangues, 1915) est l’aîné suivant de la famille. Pierre d’Arcangues, né le 12 avril 1886 à Paris et décédé le 22 mai 1973 à Arcangues, est un poète et romancier. Il est maire de la localité durant 40 ans sans discontinuité, de 1929 à 1969, et père de Guy d’Arcangues, homme de lettres, auquel on doit en particulier Les Tambours de septembre.

La loi de séparation des Églises et de l’État, adoptée le 9 décembre 1905 entraîne des troubles à Arcangues le 21 février 1906, lors de la tentative d’inventaire du mobilier et des objets de culte. Le 6 mars, le percepteur, accompagné du commissaire de police et escorté de deux compagnies du 49e régiment d’infanterie, tente de se faire ouvrir les portes de l’église. Michel d’Arcangues s’interposant aux forces de police, est interpellé et arrêté, puis relâché.

La guerre d’Espagne, débutée en 1936, entraîne l’exil d’Espagnols vers la France. La famille d’Arcangues s’installe au château d’Arcangues, avec parmi elle, le comte Alberto de Aguilar, confident du roi Alphonse XIII d’Espagne.

Dès le 15 juin 1940, Guy et Jean d’Arcangues, âgés respectivement de seize et quatorze ans, et en l’absence de leur père alors aux armées, ouvrent les portes du château aux réfugiés, Belges, apatrides et Juifs fuyant le conflit. Le 1er juillet 1940, un détachement allemand d’environ 600 hommes s’installe à Arcangues, les officiers et 250 soldats étant logés au château. Le commandant Escherbach y établit ensuite son quartier général jusqu’en juin 1944. En 1943, alors que le réseau d’évasion vers l’Espagne organisé par Michel, le fils aîné de la famille d’Arcangues, a déjà permis de nombreuses sorties du territoire, Pierre et son fils Guy sont arrêtés par des hommes de la Gestapo « pour complicité », sur dénonciation. Pierre d’Arcangues est condamné et envoyé dans un camp de concentration en Allemagne, tandis que son fils propose un échange qui est accepté. Il est déporté en Silésie, d’où il parvient à s’évader et à rentrer en France, alors que son père est revenu à Arcangues.

1969 est marquée par la création de la première ikastola sur le territoire français, par Claire Noblia. Il s’agit d’une école sous statut associatif où l’enseignement est majoritairement assuré en basque.

Le conseil municipal élu en 1977 accueille pour la première fois une femme en son sein, Mathilde Biolet.